En route vers le Forum social mondial de Cotonou, les caravaniers engagés dans la défense des droits sociaux ont marqué une escale à Sikasso. Dans la salle de spectacles Lamissa Bengaly, ce fut l’occasion pour les femmes d’engager des débats approfondis avec la Convergence des Femmes Rurales pour la Souveraineté Alimentaire (COFERSA), en présence des autorités administratives, politiques et coutumières de la cité du Kénédougou.
Les discussions ont été articulées autour de deux thématiques majeures : l’accès sécurisé des femmes et des jeunes à la terre et la promotion de l’agroécologie paysanne, deux enjeux considérés comme essentiels pour renforcer la souveraineté alimentaire et le développement durable des communautés rurales.
Prenant la parole au nom de la délégation, Aïchata Koné a souligné que certaines pratiques traditionnelles continuent de constituer un obstacle à l’émergence d’une agriculture plus inclusive et durable. Selon elle, cette rencontre visait non seulement à favoriser le partage d’expériences entre les participants, mais également à sensibiliser les caravaniers et les populations de Sikasso sur l’importance de l’agroécologie paysanne. « C’est aussi une occasion de les conscientiser afin qu’ils s’intéressent davantage à l’agroécologie paysanne », a-t-elle déclaré, avant d’insister sur l’urgence de garantir un meilleur accès des femmes et des jeunes au foncier. « Cela constitue un défi aujourd’hui que nous devons relever », a-t-elle affirmé.
La persistance des obstacles socioculturels qui limitent l’accès des femmes et des jeunes au foncier a été mise en évidence. Les participants ont également été informés des nouvelles dispositions législatives relatives à la gestion des ressources naturelles et au foncier agricole, notamment la récente Loi portant sur le Foncier Agricole (LFA).
Selon les intervenants, la LFA agricole prévoit que 15 % des terres aménagées soient attribuées aux femmes, aux jeunes et personnes vulnérables. Une avancée saluée par Rahamatou Bagayoko, troisième adjointe au maire de Sikasso, qui a toutefois insisté sur la nécessité d’assurer une application effective des textes. « Les autorités de Sikasso sont engagées pour l’application de ces dispositions afin que les femmes et les jeunes s’autonomisent davantage », a-t-elle déclaré, invitant les bénéficiaires à défendre activement leurs droits.
Pour la COFERSA, les femmes rurales, y compris les jeunes femmes, demeurent les principales actrices de la promotion de l’agroécologie dans les terroirs. Elles jouent un rôle déterminant dans la valorisation des produits issus de la biodiversité cultivée, de l’élevage, des ressources naturelles et de la cueillette, aussi bien pour la consommation des ménages que pour l’approvisionnement des marchés locaux.
Au-delà des questions agricoles, les responsables de la Convergence ont lancé un appel aux décideurs afin qu’ils accordent une attention particulière sur la situation sécuritaire au Sahel. Très préoccupée par les conséquences des conflits sur les populations rurales, la présidente de la COFERSA, Alima Traoré, a exhorté les autorités à agir pour rétablir la paix. « Il faut tout mettre en œuvre pour que ces conflits cessent. Les femmes rurales ne peuvent plus accéder à leurs champs. Cette situation entraîne une pénurie alimentaire et menace la biodiversité. Si nous ne pouvons plus cultiver nos terres, comment pourrons-nous nourrir nos populations ? », s’est-elle interrogée.
La journée s’est achevée par une visite guidée du site d’agroécologie paysanne de la COFERSA. Les caravaniers y ont découvert plusieurs techniques de production et d’entretien des cultures, notamment des céréales, des légumes et d’autres spéculations agricoles, illustrant concrètement les pratiques agroécologiques mises en œuvre par les femmes rurales de Sikasso.
À travers cette escale dernière de l’étape du Mali, les caravaniers réaffirment leur volonté de faire de la souveraineté alimentaire, l’accès équitable au foncier et la paix au Sahel, des priorités au cours des débats du Forum social mondial de Cotonou.